lundi 25 avril 2011

Le printemps en Pennsylvanie

Le printemps est très fleuri ici. Lorsque le beau temps daigne pointer le bout de son nez, la météo est très clémente, avec des températures estivales et des journées bien ensoleillées. Si ce beau temps a plus que tardé, il n'en demeure pas moins vrai que le printemps pennsylvanien est une saison courte. L'on a presque la sensation de passer directement de l'hiver à l'été, avec toutes les frustrations que cela engendre (notamment lorsqu'il neige encore en Avril), mais cette agréable sensation que les gelées ne seront plus de mises à partir de maintenant (encore que, sur ce point, je conserve quelques doutes). Sur le campus de Bucknell University et dans les rues, les américaines suivent une mode bien à elles : les bottes de neige aussitôt rangées, les claquettes et autres tongs sont de sortie. Le tout en quelques heures à peine ! Le vendredi, tout le monde en snowboots. Le lundi qui suit, les flip-flops sont bien là, aucun doute ! La notion de "mi-saison" a tout simplement été reléguée au rang de détail insignifiant. J'ai parfois un peu froid en regardant toutes ces filles très légèrement habillées, vêtues de courtes robes aux bras nus et de sandalettes, alors qu'on tolère encore très bien les chaussettes et les chaussures fermées, que la veste aux manches longues constitue un outil indispensable, et que les minijupes ne vont pas sans de petits collants (qui, en Avril, sont encore très utiles). L'adage qui soutient qu'en "Avril, ne te découvre pas d'un fil" est loin d'être vrai ici. Il existe une véritable différence culturelle dans le domaine vestimentaire entre la France et les Etats-Unis, ce que j'ai vite compris en arrivant ici, en étant très vite tentée de passer chacune de mes journées à porter un pantalon de pyjama informe et des horribles baskets pour imiter mes consoeurs. Non pas que les américaines ne savent pas s'habiller de façon élégante, mais souvent les vêtements de tous les jours ressemblent plus à des pyjamas qu'à autre chose... Il ne m'est pas arrivé souvent de croiser des filles portant d'interminables talons, qui ne peuvent pas marcher avec, et qui se déhanchent dangereusement. Ou même, des femmes portant de belles chaussures, tout simplement. Souvent, les vieilles running shoes et les sweatpants constituent l'uniforme le plus courant, quel que soit l'âge des femmes concernées. Mais les américaines sont à l'inverse beaucoup plus coquettes en ce qui concerne la manucure. J'ai l'impression que de ne pas se "faire les ongles" est un peu honteux. Toutes les femmes arborent de grands ongles vernis, avec des couleurs pour le moins tape-à-l'oeil et un mauvais goût certain (mais pas toujours !). Tant pis, frenchy je suis, frenchy je resterai. Je me dois de conserver mes habitudes : allez donc faire une pâte à tarte à la main avec des ongles french manucurés, limés, très longs et vernis, et on en reparle.

mardi 19 avril 2011

Se faire soigner aux Etats-Unis

Le système de santé ici est bien différent de la France. Pas de couverture maladie pour tous, des soins à des prix exorbitants, des docteurs riches à millions, mais une qualité indiscutable. J'ai eu mon premier rendez-vous chez le médecin hier. Je suis particulièrement privilégiée, car mon assurance maladie (qui est l'une des meilleures aux Etats-Unis) ne me fait payer que 25 dollars par visite (une sorte de franchise à ma charge), et le reste est payé au médecin directement par l'assurance (un genre de tiers-payant, mais qui correspond plutôt à un dixième-payant, car le prix d'une consultation avoisine les 250 dollars...). J'ai eu l'impression d'aller à l'hôpital, pour la simple et bonne raison que le médecin est entouré ici d'un bataillon d'employés, de secrétaires médicales, et d'infirmières. Pas moins de 6 personnes se sont occupées de moi, entre la réceptionniste, l'infirmière d'entrée (qui pèse, mesure, prend la tension), l'infirmière qui établit une brève anamnèse et relève la plainte, le médecin, l'infirmière qui fait la prise de sang, et la secrétaire médicale de sortie. A coté de ça, nos bons vieux médecins généralistes qui réceptionnent les appels téléphoniques eux-mêmes semblent souffrir de pauvreté aigüe. Il y a beaucoup de bons côtés à ce système, surtout lorsqu'il s'agit de qualité de soin : je n'ai pas eu cette désagréable impression, comme parfois, que l'on veut que je parte le plus vite possible pour rentabiliser la journée et recevoir plus de patient. Je n'ai pas eu ce goût amer de soins à la va-vite, où le médecin nous reçoit à peine dix minutes. J'ai fait une prise de sang sur place, sans avoir besoin de me déplacer ensuite dans un laboratoire. J'ai eu l'impression d'un système efficace, rapide, rodé, et bien entendu, excessivement cher. Lorsqu'on a une assurance de santé comme moi, la chance nous a sourit et l'on peut se permettre de se faire soigner, d'aller chez le médecin pour un rhume, d'utiliser le système sans se soucier des dépenses. Je crois même que les soins dans les cas graves, tels que les hospitalisations, sont complètement pris en charge et que je ne dois même pas débourser un dollar. La grande question que cela soulève, c'est qui bénéficie d'une qualité de soin pareille aux États-Unis ? Malheureusement pas grand monde, en pourcentage de la population. Seuls les quelques privilégiés (ce qui exclue les classes moyennes) et les personnes bénéficiant de soins payés par le gouvernement (personnes handicapées, enfants ou personnes à très faible revenus qui sont couverts par Medicaid, certaines personnes âgées qui sont couvertes par Medicare) peuvent dans la réalité profiter de ce système, mais beaucoup en sont exclus. J'ai une amie ici, qui, malgré une situation financière correcte, ne peut pas se payer d'assurance santé pour elle et ses trois enfants. Comment fait-elle ? Elle espère que rien de grave ne se produise, et elle paye quelques consultations de médecin à plein tarif. Car il faut bien se rendre compte d'une chose : les prix des assurances santé sont souvent supérieurs au salaire mensuel des familles, et il n'est pas possible de débourser plusieurs milliers de dollars par mois pour être couvert. Du reste, même si je suis très chanceuse de bénéficier d'une excellente couverture maladie (grâce au travail de Logan à l'Université), il n'en demeure pas moins vrai que je suis sceptique sur le bien-fondé de ce système qui exclue les plus pauvres. Comment-est-il possible qu'un pays si riche ait des disparités de revenus si importantes ? Notre bonne vieille caisse primaire d'assurance maladie a de nombreux défauts, loin s'en faut, mais j'ai quand même l'opinion d'une plus grande égalité de soin en France. Il faut que je me fasse une raison : j'ai déménagé dans un pays riche, ce qui ne veut pas dire que tout le monde en profite...

jeudi 14 avril 2011

Embauchée !!!

Le marché du travail ici est particulièrement touché par la crise. Les Etats-Unis semblent avoir encore plus souffert de la récession des dernières années que la France, et de nombreux jobs "d'appoints" pour pour les étudiants sont occupés par des travailleurs de longue durée qui cumulent deux ou trois petits jobs mal payés. Dans ce contexte, et dans l'attente de pouvoir obtenir ma licence professionnelle d'orthophonie, je suis pour le moins sur-qualifiée pour les emplois auxquels je postule. Qui n'a jamais rêvé de trouvé un boulot niveau bac, payé moins que le smic en France, sans bénéficier d'une quelconque assurance maladie, retraite ou congé payé ? Bienvenue aux Etats-Unis, pays où les bénéfices sociaux sont presque inexistants ! Bac+7 ou pas, mon salaire sera le même, soit 8 dollars de l'heure (environ 5,92 euros...) et je vais bosser 40 heures par semaine pour environ 900 euros par mois. Il est loin le temps de la douce orthophonie française, qui non sans créer une vraie richesse, permettait de vivre de façon autonome et indépendante ! Logan a un bon salaire, et je bénéficie d'une excellente assurance maladie grâce à l'université. Mais si tel n'était pas le cas, je ne vois pas comment on se débrouillerait pour vivre avec des salaires aussi bas. 
Quid du job en question ? Il s'agit d'un poste d'assistante dans une crèche/école maternelle (ici, pas de petite ni de moyenne section, il faut payer pour scolariser son enfant ou le faire garder avant qu'il n'entre au kindergarten, puis au CP). L'équipe a l'air sympathique, dans une toute petite structure (12 enfants de 1 an et demi à 5 ans). Malgré toutes mes récriminations citées plus haut, je suis enchantée d'avoir obtenu ce boulot. Après l'envoi de dizaines de CV, un désespoir certain et une certaine tendance à l'ennui, c'est un gage de réussite et c'est un facteur de re-motivation. Du reste, ce sera une très bonne expérience en langue anglaise, avec une création de lien social, une perte de mon statut de desperate housewife, et surtout un début de reconnaissance de mes compétences. Je me suis lancée dans l'apprentissage de la langue des signes pour bébé (qui fait fureur ici, et qui est très simple à utiliser) car ma supérieure essaie de l'utiliser assez souvent. Bien sûr, je vais également mettre en place des ateliers de chants/comptines en langue française, car ça aussi peut avoir son petit succès (être français ici est supposé être "classe" ou même "glamour", et c'est plutôt censer dégager une bonne impression).
Je commence d'ici une semaine, le temps de me procurer tous les papiers nécessaires (il me faut notamment un rapport du FBI appelé FBI Clearance qui précise que je n'ai jamais été impliquée dans des viols d'enfants ou des trucs affreux dans ce genre). L'excitation grandit, et je crois que je n'aurai plus tellement de temps libre pour moi. Qu'à cela ne tienne, je vais travailler, je vais m'occuper, je vais vraiment vivre quoi.

vendredi 8 avril 2011

Social Security Number

J'ai enfin reçu mon numéro de sécurité sociale. J'aurais dû le recevoir sous trois semaines après mon arrivée sur le sol américain, mais le service a visiblement eu un bug quelque part. Je suis donc allée, il y a deux semaines, au bureau de Social Security le plus proche pour en demander un. Il m'a suffit de montrer mon passeport et ma carte verte, et la demande a été enregistrée.Ces quelques chiffres ne sont pas du tout l'équivalent de notre numéro français. Ici, pas besoin de ce numéro pour se faire rembourser les soins médicaux, seule une carte d'assurance est nécessaire. A quoi cela sert-il donc ? C'est une sorte d'identifiant national, nécessaire pour obtenir son permis de conduire, qui permet d'identifier chacun, de vérifier les cotisations à payer (impôts notamment), les points de retraite...
Je suis contente de l'avoir enfin. Avec ça, je peux remplir les documents administratifs d'une éventuelle embauche, demander mon casier judiciaire au FBI... C'est aussi un numéro que je dois absolument garder secret, et ne communiquer à personne hormis les autorités officielles. Car avec ça, il est facile de souscrire à un crédit à la consommation, et d'ouvrir un compte bancaire. Il ne faut donc jamais le donner à quiconque, sous peine de risquer une usurpation d'identité.
Il semble que seules les personnes avec certains types de titres de séjours soient habilités à avoir un Social Security Number. Les étudiants étrangers, par exemple, n'en n'ont pas.
C'est encore un papier américain de plus dans ma main. Prochaine étape : permis de conduire, et carte de crédit. Il me tarde de voir ça.

jeudi 7 avril 2011

Gasland : une violente prise de conscience

Gasland, Josh Fox (2010)
Hier soir avait lieu à l'Université la projection du documentaire américain Gasland (sorti en 2010). Ecrit par Josh Fox, il traite de l'impact environnemental et sanitaire de la méthode d'extraction du gaz naturel (gaz de schiste) par fracturation hydraulique. Ce film m'a bouleversé, j'ai peur en pensant que des projets sont en cours pour proposer la mise en place d'une telle méthode dans notre beau Jura.
Cette méthode d'extraction de gaz fonctionne par injection d'un fluide à très haute pression sous la roche, de manière à ce qu'elle se fissure et qu'elle libère ensuite le gaz qui remonte à la surface. Le fluide injecté est un mélange de près de 300 produits chimiques, dont la liste est tenue secrète par l'industrie qui exploite le site. Ces produits, dont bon nombre sont extrêmement nuisibles pour la santé (surfactant, ethers de glycol, dioxines...) ont déjà causé de nombreux effets sur la santé des riverains des zones où l'on utilise cette méthode de fracking aux Etats-Unis.
Mais revenons aux débuts de cette histoire : le documentaire relate le fait qu'avant 2005, la loi protégeait les ressources en eau potable de toute invasion de l'industrie pétro-chimique. Mais pour des intérêts financiers évidents, une petite clause a été ajoutée, excluant la protection de l'eau propre et autorisant l'exploitation de sites pétroliers et gaziers. De fait, une très grande partie du territoire américain est concerné, et notamment la Pennsylvanie qui constitue une part majeure du fracking sur le territoire américain. Pas loin de chez nous (quelques miles à vol d'oiseau), à proximité de Harrisburg, et dans toute la Pennsylvanie centrale, ce gaz est exploité par fracturation hydraulique.
Quelles en sont les conséquences ? Une pollution des cours d'eau, des ressources en eau potable (près de 15 millions de personnes sont concernées sur toute la côte est, car l'eau potable provient du Nord Ouest, en Pennsylvanie notamment mais également dans d'autres états. Si rien n'est fait, New York, Philadelphie et d'autres villes pourraient un jour voir leur eau du robinet devenir totalement impropre à la consommation).
Que contient cette eau ? Des résidus de gaz naturel (inflammables) et des produits chimiques utilisées dans le processus de fracking. Inutile de dire que cette eau a de nombreuses conséquences sur la santé, notamment des troubles neurologiques majeurs et des processus irréversibles de destruction cellulaire. Dans certains états où le documentaire est filmé, plus personne ne peut utiliser l'eau courante, car l'eau...est inflammable avec un simple briquet. De plus, les animaux sauvages aux alentours meurent (plus un oiseau, un poisson, un lièvre...) et les animaux domestiques sont atteints de sévères troubles de santé (perte de poils sur les chats, chiens, chevaux...).
Il faut regarder ce documentaire, et qu'il nous parvienne jusqu'en France. C'est une véritable bataille qui doit s'engager, pour combattre cette folie humaine qui détruit notre planète. Malheureusement cela soulève aussi des intérêts économiques énormes...et concerne des milliards de milliards de dollars.
Où voir ce documentaire ? Sur la toile (il est disponible sur dailymotion), ou en Dvd.