jeudi 22 septembre 2011

La peine de mort aux Etats-Unis

Troy Davis a été exécuté cette nuit. Cet américain, noir, de Géorgie, avait été condamné à mort après le meurtre d'un policier blanc en 1989. Après avoir passé près de la moitié de sa vie dans les couloirs de la mort, il a donc reçu une injection létale, bien que sa culpabilité ait été mise en doute depuis longtemps. Sans preuve matérielle, avec de nombreux témoins qui se sont rétractés, un suspecté faux témoignage du médecin légiste, cet homme de 42 ans est la victime d'un système cruel où l'adage oeil pour oeil, dent pour dent est loin d'avoir disparu. La peine de mort (et la torture psychologique qui en découle, après les années passées à attendre une fatale sentence), est un système cruel et archaïque, qui me rappelle vaguement les pratiques moyenâgeuses, où le condamné à mort était exécuté en public, après un procès souvent partial où des enjeux politiques (et raciaux) entraient souvent en compte. Ce grand pays riche et développé que sont les Etats-Unis n'en a donc pas fini avec ces pratiques d'un autre temps, qui rendent irréparables les erreurs judiciaires, et qui indignent tout simplement des milliers d'américains. Car Troy Davis est devenu le symbole du combat contre la peine de mort, son cas soulevant l'indignation aux États-Unis et par-delà les frontières. Comment peut-on assassiner un homme, au seul prétexte que l'on suspecte (et que l'on prouve, par une justice partiale et raciale) que lui-même a commis un crime ? Cela revient à soi-même tuer pour punir un tueur. Soi-même agir par un acte que l'on juge répréhensible. Soi-même s'élever au rang de meurtrier. Quelques chiffres : trente-quatre états des Etats-Unis sur cinquante rendent possible la peine de mort. Le Texas arrive en tête loin devant, suivi par la Virginie, l'Oklahoma, la Floride, le Missouri, l'Alabama et la Géorgie. Si l'injection létale est souvent choisie, d'autres moyens tout aussi cruels sont employés, comme la chambre à gaz (appliquée en 1999 en Arizona), la pendaison (appliquée en Janvier 1996 dans le Delaware) ou la chaise électrique (appliquée en 2010 en Virginie). Certains états qui ont légiféré en faveur de la peine de mort, ne l'appliquent cependant plus depuis 1976 (le Kansas, et le New Hampshire notamment). La majorité des exécutions ont lieu dans le sud des Etats-Unis. Certains prisonniers ont finalement renoncé aux recours judiciaires, préférant être exécutés. Cela s'explique par la longueur des années passées dans le couloir de la mort, qui constituent une véritable torture psychologique non digne d'une démocratie libérale. Il reste que la Pennsylvanie n'a pas non plus aboli la peine de mort, dont la dernière exécution remonte à 1999. Pire, les Etats-Unis sont loin d'être le seul état à appliquer la peine capitale, avec la Chine loin devant, qui exécute chaque année plusieurs milliers de prisonniers. Rappelons-nous que la France, il n'y a pas si longtemps, a exécuté son dernier condamné (1977), avant de légiférer et d'abolir la peine capitale en 1981. Trente ans, ce n'est pas si vieux...

dimanche 11 septembre 2011

Dix ans après, l'Amérique d'après 9/11

Aujourd'hui l'on célèbre un bien triste dixième anniversaire : celui des attentats du 11 Septembre 2001. A l'époque, je n'aurais jamais cru que cet événement puisse avoir une quelconque influence sur ma vie. Le souvenir est encore très présent, je peux décrire en détails de cette dramatique fin de journée. Toutes les télévisions diffusaient en boucle les images des tours jumelles en flammes, avant qu'elles ne s'effondrent. Le visage mondial en a été changé : une guerre en Afghanistan, une montée de la peur de l'islam, une tension dans les relations franco-américaines, des frontières fermées et des contrôles migratoires renforcés (tout du moins, aux Etats-Unis). Pourquoi a-t-il fallu presque un an à mon visa d'immigration pour être délivré ? A cause de la création du Homeland Security et des nouvelles règles en matière d'obtention de titres de séjour sur le sol américain. Je me souviens du froid jeté sur les relations franco-américaines à cette époque, lorsque le président Chirac avait refusé de participer à la guerre en Irak. De grands quotidiens américains titraient alors en une, sur fond de photos du débarquement du 6 Juin 1944, "France has forgotten". Les french fries (les frites) avaient été temporairement rebaptisées freedom fries, et l'hexagone n'avait plus tellement le vent en poupe aux yeux des américains. Il aura fallu que G.W. Bush disparaisse de la scène politique pour qu'enfin, les relations américano-françaises se normalisent. Aujourd'hui, j'ai parfois le sentiment que les français se divisent en deux groupes : ceux qui adorent les Etats-Unis, qui perçoivent le rêve américain dans ses aspects positifs et ses stéréotypes de belle démesure, et les anti-américains, qui les détestent et les résument à quelques clichés grossiers. Ni l'une ni l'autre de ces versions ne sont à retenir : les Etats-Unis sont un pays de contraste et de contradictions, de liberté et d'oeillères politiques, de libéralisme et de chacun pour soi, de grande richesse et d'infinie pauvreté, bref, un véritable pays à l'occidentale qui me rappelle tout à fait le vieux continent...

jeudi 8 septembre 2011

Qui l'aurait "crue" ?

 





La rivière Susquehanna est sortie de son lit cette nuit, et certaines zones du centre-ville ont été évacuées. Notre rue et le campus ne sont pas concernés, car situés légèrement en hauteur. Mais de nombreuses routes sont coupées, et la pluie continue de tomber inéluctablement. Le point maximal de crue devrait être atteint vers 16 heures cet après-midi. Beaucoup de nos voisins ont leur sous-sol inondé, et certains jardins sont transformés en véritables lacs. La sirène d'évacuation a retenti à quatre heures du matin, pour évacuer les habitants qui n'étaient pas déjà partis. Certains de nos amis ont monté à l'étage tous leurs meubles, pour être sûr qu'ils soient à l'abri. Il est difficile de partir aujourd'hui, car les autoroutes et les routes mineures sont impraticables et réservées aux véhicules de secours. Les universités de Bucknell et de Bloomsburg ont annulé leurs cours, et Logan et moi allons rester à la maison, après le ravitaillement en nourriture que nous avons fait dans un village de l'ouest (l'est étant la zone la pire : Danville, Bloomsburg, Milton et Sunbury ont été partiellement évacuées, ainsi qu'Harrisburg au sud). Les crues de ce genre sont assez rares, mais la crazy météo de cette année 2011 ne laissait pas présager d'autres issues. Pour l'heure, tous attendent la fin de la crue, et l'amorcée de la décrue. Une journée de vacances en pyjama, quoi de mieux ? Nous sommes sains et saufs, et prêts à accueillir des amis dans le besoin s'il le faut. La Pennsylvanie, c'est vraiment pas le paradis...surtout aujourd'hui.

mardi 6 septembre 2011

Les années fac


Bienvenue à Bloomsburg University, petite université de 8000 étudiants en Pennsylvanie centrale ! Mes cours ont commencé fin Août, et je commence petit-à-petit à prendre mes repères. J'ai intégré une petite promotion d'étudiants en orthophonie, dont je ne fais pas officiellement partie, puisque je ne suis autorisée qu'à suivre deux cours cette année. Néanmoins, le peu que j'ai vu m'a beaucoup plu. Rien à voir avec la pédagogie et les moyens français : l'université américaine, même publique, met sacrément le paquet pour que ses étudiants soient bien formés. Rien que les locaux sont appréciables : tout est neuf, ou rénové, le campus est bordé de jardins et chaque bâtiment possède une architecture différente. Il est bien loin le temps de la fac de médecine de Lyon, où les crépis s'effritaient, les amphis étaient bondés et le prof se retrouvait seul au milieu d'une centaine d'élèves...ici les cours dits "magistraux" n'accueillent qu'un maximum de 50 étudiants, et la majorités de cours se font en petits groupes. La bibliothèque est impressionnante, et bien sûr, il existe un Starbucks Coffee en son sein (histoire qu'on puisse se restaurer sans sortir du bâtiment). J'ai obtenu ma carte d'étudiant aujourd'hui, qui me donne accès à cette grande bibliothèque. Le contenu des cours est intéressant, mais j'ai une étrange impression de déjà-vu. J'ai déjà étudié les statistiques appliquées à la recherche scientifique...deux fois en France (en médecine, puis en orthophonie). L'on dit "jamais deux sans trois"...et en anglais s'il vous plaît ! Voilà bien un challenge à relever ! Refaire une nouvelle scolarité dans une autre langue n'est pas chose impossible, mais cela soulève encore quelques réticences de ma part. Difficile de toujours pouvoir répondre aux questions posées en classe par exemple ; j'ai toujours un train de retard, même si je n'ai pas de problème de compréhension. Le temps que je formule une phrase dans ma tête pour répondre, au moins la moitié de l'amphi est déjà passé à autre chose. La prise de notes s'améliore quant à elle : après tout, j'ai déjà lu et imprimé les powerpoints de tout le mois de septembre, et je ré-apprends ce qui a déjà été lu et digéré à l'époque de ma previous vie étudiante française. Non, vraiment, je ne sais pas ce qui m'a pris de penser, à l'époque, que mes études seraient courtes...